One Battle after the Other, dont je n’imaginais pas, de la part de Paul Thomas Anderson, qu’il serait en fait si comique, lui qui jusqu’à présent avait surtout flirté avec l’intensité âpre (There Will Be Blood, The Master, Phantom Thread) ou une forme plus tendre de candeur romantique (Magnolia, Punch-Drunk Love, Licorice Pizza). Et ici, peu importe au bout du compte le registre, que ce soit du drame ou de la comédie, car on le retrouve là où il n’avait jamais été : dans le second degré. Et pas un second degré libre, tranquille, détaché : non, un second degré totalement calculé, maîtrisé, parfaitement pensé dans chacune de ses allusions, exactement comme aime opérer Anderson, qui en tout point est un maître. Sauf que, justement. Ici le ton paraît étrange. Parce que sa précision mathématique n’est plus là pour nourrir un cœur véridique, une vérité centrale, qu’elle soit dure ou douce. Elle est là pour raconter une blague. Et qu’y-a-t-il de pire qu’une blague racontée par quelqu’un qui se prend extrêmement au sérieux ? Pas grand-chose, et si, visiblement, personne n’a résumé One Battle after the Other ainsi, c’est pourtant exactement ce qu’il est : une blague racontée avec sérieux. Et jamais vraiment l’on ne rigole, parce que tout est trop tenu, trop grave aussi, trop prévisible. Rien vraiment ne touche, n’émeut, n’emporte, parce que tout se veut être dérisoire, risible.

Par conséquent, l’on aura beau apprécier l’intelligence du film, qui ose s’attaquer au suprémacisme blanc tout en empruntant le point de vue d’un boomer gauchiste dépassé, on aura beau trouver Di Caprio parfait, on aura beau, comme toujours chez Anderson, rester bluffé par ses trouvailles de mise en scène, à la fois profondes et sobres (comme la course-poursuite de fin, le long des bosses de la route dans le désert), eh bien il y a une pose, une volonté de blaguer pour feindre une distance, une intelligence (afin de demeurer au-dessus de l’idéologie), qui ne crée aucune addition, aucun surplus. Il n’y a qu’une dissuasion, une négation de toute émotion, de tout pleurs ou tout rire. Il est en somme difficile, à première vue, de critiquer le film, tant il est une succession de réussites (le saut raté de Di Caprio, ou la découverte par Sean Penn de son bureau, vide, neutre, terne, filmé comme une culmination de la réussite, sont d’autres exemples). Sauf que l’œuvre repose, au centre du centre, au fond du fond, sur une distance désagréable, sur une histoire que l’on n’ose pas embrasser de l’intérieur, sur une blague que l’on n’ose pas laisser nous échapper. Il y a quelque chose de faux, de malin, dans ce One Battle after the Other. Aussi, le film aura beau, dans plusieurs moments individuels, nous avoir convaincu et rappelé le talent d’Anderson, il représentera, dans sa totalité, quelque chose de profondément déplaisant. 2,25/5.

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