Better Man, dont on espérait qu’il serait davantage capable de nous souligner, enfin, en quoi Robbie Williams était une personne digne qu’on raconte son histoire. Parce que sa série-documentaire éponyme sur Netflix nous avait déjà prodigieusement ennuyé, avec cette façon d’évoquer la profondeur, d’évoquer la dépression, d’évoquer la crise existentielle, sans jamais pour autant la montrer, la révéler, la pénétrer. De Robbie Williams, nous avions jusqu’alors l’impression de quelqu’un feignant les démons et les obsessions, pour mieux dissimuler un réel et total vide. D’autant plus agaçant, lorsqu’en face de cet imposteur, se cache le vrai artiste, Gary Barlow, génial compositeur pop, qui a toujours préféré créer plutôt que de gesticuler et gémir. Et a priori, pour ces raisons, nous aimions bien l’idée de représenter Williams comme un singe, façon d’admettre que tout, chez lui, était un peu primaire, animal, banal. Aussi, au début, nous étions prêt à nous laisser emporter par le film, surtout que le singe se montre assez émouvant, très réaliste et expressif, principe de mise en scène qui paie d’autant plus qu’on finit presque – et c’est fort – par l’oublier. La musique, aussi, rythme très bien le film (rien de très profond dans la discographie de Williams, mais au moins une bonne dizaine de morceaux parfaits pour structurer une comédie musicale).
Le problème, c’est qu’à mi-chemin, le film se heurte, lui aussi, à l’ego boursouflé de Williams, à ce vide, qui attire avec lui le récit. Tout devient débile : la drogue, la dépression, la frustration, justifiées par absolument rien, si ce n’est l’ego d’un imposteur refusant de traiter le cœur, précisément, du problème : à savoir qu’il est un imposteur. Le film tourne donc autour du sujet, de la même façon que Williams tourne autour de lui-même, jusqu’à aboutir à ce combat hideux, en plein concert, où à travers un affrontement se voulant métaphorique et cathartique, Robbie Williams se bat contre une horde de doubles maléfiques. C’est, sans doute, là l’un des trucs plus laids et cons qu’on ait vus cette année. La fin, toutefois, sur My Way, avec Williams et son père chantant en duo, aura quelque chose d’émouvant – et l’on se demandera si ce n’était peut-être là le vrai sujet du film. À savoir de quoi, réellement, a hérité Williams. Et pourquoi avait-il autant besoin de reconnaissance, au vu de sa nature de singe ? Comme si Williams n’avait pas hérité du possible talent de son père, chanteur raté, mais de sa frustration, de sa tristesse, si grande, si forte, qu’elle aura fait de lui, à travers une pure puissance de ressentiment et d’audace, une star. 1,5/5.
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