F1, qui nous a évidemment rappelé Top Gun Maverick (avec le même trio Kosinski/Kruger/Bruckheimer derrière), mais aussi, plus surprenamment, Michael Mann et même parfois Christopher Nolan. Interstellar notamment, puisque la figure du pilote du midwest joué par Brad Pitt, couplée à cette idée d’Odyssée (I’m coming back) nous a évoqué le personnage de Matthew McConaughey – et la fin, d’ailleurs, est exactement la même (je vais chercher d’autres dragons, la quête d’autres courses se confondant à la quête d’autres planètes). Couplé à la bande-son d’un très en forme Hans Zimmer et l’on aura parfois eu l’impression de retrouver le Nolan des années 2010. Mais honnêtement que ce fut long pour y arriver. Parce qu’outre une introduction réussie, avec cette course de NASCAR, le film laisse au départ froid tant il est vide et prévisible, doublon sans âme de Top Gun Maverick. Où ce dernier s’appuyait sur la statut d’icône de Tom Cruise, sur cette abstraction devenue un rêve, pour en faire le sujet même du film, Brad Pitt paraît ici bien seul avec ce personnage sans passé, sans enfant, sans ex, sans famille, sans conflit, sans quoi que ce soit. Et il a beau être sans doute un meilleur acteur que Cruise, il n’amène pas avec lui, ex nihilo, cette idée de l’icône : Tom Cruise est, en soi, un personnage. Brad Pitt n’en est pas un. Et c’est pourquoi, au départ, F1 ne fonctionne pas comme fonctionnait Top Gun Maverick. Mais contrairement à ce dernier, qui passé sa première partie onirique finissait par patiner face au manque d’enjeu, F1 lui monte en tension, de manière quasiment parfaite : minute après minute, c’est toujours un peu mieux que précédemment.
À mesure que les courses s’enchaînent, que la vitesse grandit, que Pitt aussi prend en épaisseur (son vide initial devenant, bien plus efficace, un mystère : voir la jolie discussion sur le balcon de Vegas), F1 finit par nous emporter. D’autant que les courses, outre la mise en scène impeccable de Kosinski (qui a elle-même influencé la retransmission officielle de la F1), interpelle dans leurs choix narratifs : c’est assez émouvant comment l’écurie au centre du récit est en fait la pire de toute la grille. Elle ne demeure jamais en lice pour le titre. Et il ne s’agit pas pour Brad Pitt de pouvoir gagner le championnat du monde. Il s’agit uniquement pour lui de gagner une course. D’éprouver ce sentiment. It only takes one. En cela, la conclusion, silencieuse, lorsque Pitt enchaîne son dernier tour pour sceller sa victoire, est plus belle et profonde qu’on ne pourrait le croire. Car elle n’est pas synonyme de victoire : les vrais gagnants demeurent les vrais pilotes de F1, que ce soit Max Verstappen ou Lewis Hamilton, qui ne sont jamais de vrais personnages, jamais de vrais antagonistes, il n’y en a d’ailleurs aucun, comme dans Top Gun Maverick, choix assez unique dans cette formule de blockbuster pas si balisée. Non, la conclusion, le dernier tour de Brad Pitt, ne lui permet pas de gagner (ils restent les derniers du classement). Elle lui permet de se libérer. En l’absence de victoire et d’antagoniste, le film procède à une telle simplification des enjeux, une telle épuration, pour privilégier la pure mise en scène de la vitesse, que la course devient une course intérieure. Un compte à rebours au fond de soi-même. Et ce vide apparent, une extase, une exaltation apparaît. 2,5/5.
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