The Rehearsal saison 2, dont la fin sublime constitue le vrai et grand accomplissement de la carrière de Nathan Fielder. On avait déjà beaucoup apprécié la première saison, qui avait quelque chose de très propre à Charlie Kaufman et Synecdoche New York, dans l’idée de traiter l’isolement de l’artiste, projeté métaphoriquement dans son œuvre et son propre rapport conflictuel à la vie. Mais contrairement à l’autre série de Fielder The Curse (créé avec Benny Safdie), qui paraissait plus équilibrée, plus tenue (entre l’allégorie, l’absurdité et la narration), l’on avait parfois des doutes sur où, vraiment, menait The Rehearsal et si elle n’allait pas finir par se perdre elle-même. Réponse : l’on a eu tout faux. Où la saison 1 se contentait d’accumuler les épisodes sériels, uniquement liés entre eux par le concept initial du programme (un homme permettant à d’autres de répéter les moments importants de leur vie avant de les vivre), la saison 2 est revenue avec un tout nouvel arc permettant de régénérer le concept de la série en la recentrant sur une quête nouée au vrai sujet de la série. À savoir la peur panique de la vie.
Jusqu’à donc ce dernier épisode, le sixième, d’une beauté inouïe, plus long que les précédents et à l’intérieur duquel semble se développer, contre toute attente, plusieurs épisodes à l’intérieur de l’épisode, nous menant toujours plus loin dans l’absurde et toujours plus proche pourtant de la vérité du héros. Le fond d’ailleurs est aussi brillant que la forme, avec cette mise en scène et le jeu de Fielder, troublant plus que jamais la frontière entre art et réalité. C’est en fait l’une des autres originalités de The Rehearsal : dans le docufiction, l’on part habituellement d’un contexte a priori très réel, à l’intérieur duquel va se développer la fiction pour la rythmer, l’accentuer. Ici, c’est le contraire : plus la série avance, plus elle paraît réelle, plus elle s’enfonce dans le dénudement total, et plus on finit par trouer l’illusion pour se retrouver seul face au mystère du cœur de Nathan Fielder. Jusqu’à se demander si tout ici n’est pas encore plus réel que le réel. Et jusqu’à cette obsédante, entêtante, conclusion, où Fielder conduit ces boeings dans la nuit : if you are there, alone, then you must be fine. You must be fine. Effectivement : on est bien. 3,75/5.
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