The Stranger, qui a l’avantage, pour lui, d’être, oui, étrange : en cela qu’il est basé sur une histoire tristement célèbre en Australie, mais dont en Europe l’on ne savait à peu près rien, et qu’il s’appuie sur un acteur assez prodigieux, australien lui aussi, et qu’on a rarement vu dans un rôle aussi important à Hollywood. D’ailleurs, il aurait très bien pu être remplacé par l’excellent Ben Mendelsohn, tout à fait dans le même registre, mais c’est précisément la force du film de mettre face au flic (le plus célèbre Joel Edgerton) un acteur totalement mystérieux. Et il est donc terrifiant dans le rôle de ce tueur en série, précisément non pas parce qu’on sait que c’est un tueur en série, mais parce qu’on ne sait jamais qui il est. De la même façon qu’on ne sait pas que le flic est un flic. C’est la prodigieuse ambiguïté du film, maintenue durant une très longue partie : mettre en place la confrontation entre ces deux opposés, sans qu’on ne les voit dans l’exécution narrative de leur poste. Le tueur ne tue pas. Le flic ne poursuit pas. Ils sont face à face. Ils jouent (le flic étant infiltré auprès du tueur). Sans, paradoxalement, jouer. Car c’est parce qu’ils n’ont pas à remplir leur rôle narratif que, dans cet espace presque éthéré, propre à un purgatoire, que leur âme pure, silencieuse, peut s’exprimer. Les explosions du tueur alors sont d’autant plus étranges, captivantes, car elles demeurent toujours minimalistes : il va s’agir d’un simple cri. D’une simple danse, un instant, sur une musique. D’un surgissement de noirceur dans ses yeux.
Bref, le film est d’une incroyable liberté, d’une incroyable finesse. Il montre le mal dans son reflet. Jamais dans son exécution narrative. Uniquement dans sa nature. Jusqu’à une conclusion, peut-être un peu prévisible (les masques qui tombent, le flic qui mène le tueur sur les lieux du crime, qui le pousse à avouer, etc.). Mais peu importe : le film est soufflant de force, et c’est d’autant plus impressionnant qu’il porte sur ses épaules, clairement, la dureté de son histoire vraie et le traumatisme de tout un pays. Mais The Stranger (et son réalisateur Thomas M. Wright, dont on ne savait absolument rien), lui, fait du cinéma. Quoi qu’il en coûte. Fascinant. 2,75/5.
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