Train Dreams, film flottant, fait de davantage de regards que de dialogues, où les âmes des personnages sont immédiatement perceptibles, dans leur silence, dans leur solitude, à travers la nature. Et si l’on pense un peu au A Ghost Story de David Lowery ou au First Cow de Kelly Reichardt, c’est aussi surtout à l’œuvre plus généralement d’Andrew Dominik que l’on songe (surtout à The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford), autant de manière positive d’ailleurs que négative. Car l’on peut parfois trouver à ce Train Dreams les défauts de ses qualités, à savoir que derrière sa solennité, son humilité, on peut aussi soupçonner une pose, une élévation pour dissimuler, au bout du compte, une profondeur feinte (comme ces plans parfois sublimes, du train passant au-dessus de l’eau, ou parfois un peu curieux, un peu surfaits, de bottes clouées dans un arbre).

Mais le film, en son dernier acte, vraiment nous emporte. D’abord lorsque Joel Edgerton perd sa famille, presque davantage de manière intérieure que réelle, en s’enfonçant dans une forêt en flammes. Et comme si sa femme et sa fille n’avaient jamais existé, elles ne sont plus là. Un évanouissement pur, total, comme un autre élément de la nature, sans preuve autre, sans photographie, sans rien, que leur souvenir en lui. Et puis c’est ensuite à lui de mourir, alors que la voix over conscientise exactement ce que la perte de sa famille, déjà, avait de beau. C’est l’un des plus beaux moments vus au cinéma cette année : il mourut aussi discrètement qu’il était venu au monde. Il ne connut pas ses parents. Il ne laissa aucun héritier. Le tout pendant que les plantes envahissent déjà la chambre où il s’est éteint. D’ailleurs, comme chez Andrew Dominik, la musique joue un rôle essentiel, comme si elle parlait à la place des personnages, comme si elle était le reflet de leur âme muette, et le choix du réalisateur Clint Bentley pour ce faire est excellent : le génial Bryce Dessner de The National, qui n’a rien à envier à Nick Cave, le compositeur attitré de Dominik. Bref, un beau film, à la fragilité qui risque de lui octroyer peut-être un destin similaire à celui de son héros : à l’oubli. Mais tout de même. 2,75/5.

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