Monster season 3, dont le premier épisode nous a particulièrement ennuyé, tant il semblait particulièrement moins créatif et audacieux que les saisons précédentes, sur Dahmer et les frères Menendez. Sauf que, précisément : c’est ce cliché, propre au tueur quasi-débile, vivant avec le cadavre de sa mère, rappelant Norman Bates de Psycho, qui va créer la richesse de toute la saison. Car la série va, à partir du deuxième épisode, continuellement se déplacer d’époque en époque, en réfléchissant la représentation de ce cliché : d’abord, l’on retrouve Alfred Hitchcock, lorsqu’il décide d’adapter l’histoire d’Ed Gain pour Psycho. Et c’est passionnant comment son regard de voyeur, comment sa propre relation à sa mère, permet à cette violence de pénétrer en lui, comme un esprit, passant de corps en corps, d’âme en âme, et émergeant ici non pas en meurtres mais en films (ce sera également le cas d’Anthony Perkins). Plus tard, l’on rencontre aussi Tobe Hooper, à l’époque des hippies, quelques années après Charles Manson, quand il réalise Massacre à la Tronçonneuse, tel un autre avatar de l’esprit d’Ed Gein – et surtout, entre ces différents flashforward, l’on suit l’histoire d’Ed Gein, de plus en plus captivante tant elle devient d’une violence que l’on ne pensait en fait jamais retrouver sur Netflix.
Surtout que ce n’est pas seulement une violence d’image, de pose : c’est une violence intérieure, profonde, significative. À travers sa relation avec la jeune Adeline, la seule fille du comté capable de le « comprendre » (campée par la géniale Suzanna Son, qu’on avait déjà adorée en tant que Strawberry dans Red Rocket), on va voir Gein accéder à une horreur redoublée et pourtant jamais gore, jamais pornographique, car toujours d’abord le reflet exact de son atrocité intérieure. D’abord avec ses créations, conçues avec la peau de ses victimes. Ensuite avec le viol des cadavres, au point de ne plus pouvoir faire l’amour avec des corps vivants, exigeant d’Adeline qu’elle prenne un bain glacé avant de la pénétrer (vraiment : rarement l’on aura vu un tel cauchemar représenté à l’écran, et rien que pour cela, cette saison devra être saluée).
Là où le bât blesse, tout de même, ce n’est pas dans le centre du récit, vraiment stupéfiant, c’est davantage dans sa conclusion, problématique et en même temps particulièrement courageuse. Parce que, on le sait, on avait déjà reproché à Ryan Murphy et Ian Brennan d’héroïser, ou en tout cas d’innocenter, le personnage de Jeffrey Dahmer dans la première saison. Et cette fois, les scénaristes n’y vont pas par quatre chemins : ils font d’Ed Gein, dans les deux derniers épisodes, quasiment un ange. D’abord, il y a ce choix de traiter sa mort à l’inverse total de celle de ses victimes. Toutes furent tuées brutalement, sans jamais réellement emprunter leur point de vue. A l’inverse, Gein, lui, voit sa mort être lentement, très lentement, racontée. Dans son asile psychiatrique, lorsqu’il apprend être atteint du cancer, et qu’en parallèle il s’imagine parler à la terrifiante Ilse Koch, la tueuse nazie (excellente Vicky Krieps). On s’attarde longuement sur sa maladie, sur ses excuses (oui), sur son humanité, et aussi, sur sa longue et paisible mort, alors qu’il se fantasme, accueilli par toutes ses victimes (et elles ne lui en veulent pas, elles le saluent), et enfin par sa mère, le tout nous gênant autant que nous ravissant, de par la bande originale impeccable (« Owner of a Lonely Heart » se fondant limpidement vers la bande-originale du Truman Show par Philip Glass… mais l’on savait déjà que Murphy aimait le compositeur minimaliste, après son utilisation de la bande-son de Candyman dans la saison 2 d’American Horror Story).
Lorsque la série s’arrête, l’on reste un peu sidéré. Mais quoi qu’on en dise, cette saison 3 nous aura captivé de bout en bout, et l’on estimera, malgré sa fin, qu’elle aurait mérité un bien meilleur accueil. Elle est parfois scandaleuse : mais elle est toujours inoubliable et radicale. Brennan, seul à l’écriture sur cette saison, a fait un sacré travail. 3/5.
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