Four Seasons, qu’on regardait uniquement pour notre nostalgie de Tina Fey, mais qui ne présageait rien de bon, entre le format Netflix et les dix premières minutes, introduction nullissime de chaque personnage, tous en train de rire de leurs propres blagues, jouissant de leur trait d’esprit. Rien alors de beau, de réel, de dramatique, de vrai, et juste un humour pornographique de sitcom. Sauf que l’intelligence de Four Seasons, c’est justement d’explorer derrière les apparences des groupes, derrière la surface en apparence idyllique d’un casting de série, notamment parce que le groupe n’est pas uniquement un groupe : c’est une réunion, à chaque vacances, de couples. Et l’on a déjà, immédiatement, deux excellentes idées de séries télé : celle, tous les deux épisodes, d’opérer une ellipse de plusieurs mois, pour laisser deviner les évolutions de chacun par de subtiles allusions, et celle d’opérer en binômes, opérant ainsi par couches d’illusions, d’abord celle du groupe, puis celle du couple. Avec, au centre, un parfait élément déclencheur : Steve Carell, qui décide de briser son mariage, et donc le groupe (il est d’ailleurs parfait dans le rôle, compensant parfaitement la connotation négative de son personnage – le cliché du cinquantenaire quittant sa femme pour une fille de vingt ans – de par sa bonhommie naturelle).
À partir de là, sans jamais rien révolutionner, la série est meilleure à chaque épisode, toujours un peu plus profonde, toujours un peu plus vraie, la séparation du premier couple fonctionnant comme un domino de réalité et d’humour noir dans ce tableau initialement insupportable. Encore mieux : tout demeure pourtant toujours doux, jamais cynique. La série ne juge jamais Carell ; mieux, elle ne fait jamais de son ex-femme, l’étrange Anne, une héroïne ou une victime, elle est en cela d’ailleurs peut-être le personnage le plus fascinant du récit. Son actrice, la méconnue Kerri Kenney-Silver, interpelle avec ce corps long, fin et maladroit, si réelle parmi ces physiques plus traditionnels d’acteur : elle touche autant qu’elle agace, émouvante dans le rôle de cette femme trompée (qui espère draguer un prof de surf mais qui se heurte à la cruauté du réel), mais aussi parfois insupportable (avec son addiction à Animal Farm). La fin également est réussie, avec le destin de Carell, qui avait déclenché le récit puis le conclut, et ce joli sauvetage de Will Forte sur Tina Fey (tous les deux très attendrissants). Et même quand il s’agit de la mort, la série n’a pas peur d’être cruelle et tendre en même temps. Le meilleur moment ? Lorsque Claude, convaincu que Carell a été réincarné en papillon, demande à son compagnon si ce dernier les aimait. Réponse : Non, il n’aimait pas les papillons, il était pas une gamine ou une fan de Mariah Carey, il en avait rien à foutre. Excellente surprise. 2,5/5.
Comments are closed