L’Accident de Piano, qui nous a un peu rappelé Sick of Myself, où Kristoffer Borgli s’intéressait déjà à une femme déséquilibrée cherchant à se faire du mal pour attirer l’attention et le succès. C’est d’ailleurs là où le film passionne, ce qui est pourtant assez inhabituel chez Dupieux : dans ce personnage joué par Adèle Exarchopoulos, profond dans sa méchanceté, dans sa radicalité, dans sa capacité à aller jusqu’au bout (lorsqu’elle tue Sandrine Kiberlain puis les témoins), sans pour autant désirer quoi que ce soit, figure assez fascinante d’un nihilisme prêt à tout et qui pourtant ne veut rien. Rarement on aura vu chez Dupieux un personnage si travaillé et qui occupe autant l’espace (mis à part Yannick).
Mais à l’inverse, on perd aussi beaucoup de ce qu’on aime habituellement chez Dupieux : une fresque de personnages étranges, des espaces oniriques, des situations fortes. Ici, à part Exarchopoulos, il y a peu de choses à retenir du film film, qui se structure d’ailleurs assez simplement autour du concept d’interview et de champ/contrechamp. Toutefois, avec ce parallèle que l’on trace avec Yannick, cet autre grand portrait de Dupieux, l’on finit par avoir une drôle idée : et si tous les films de Dupieux se déroulaient, en fait, dans le même univers ? Et si à terme, tous ses personnages devaient se rencontrer, tous ses petits films comme en fait de longs épisodes d’une seule grande série télévisée ? C’est surtout cela qui a retenu notre attention, devant L’Accident de Piano : l’impression qu’il existait, derrière ce chalet isolé, outre cette masse de fans abstraits, une diégèse plus profonde, comme un mystère caché. 2/5.
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