Don’t Look Up, qui s’en sort franchement bien au vu de la difficulté de l’approche. Parce que la parabole sur le réchauffement climatique, sur un monde qui nierait l’existence d’une météorite, comme un Armageddon où Bruce Willis serait conspi, place inéluctablement le film du côté des gentils : des écologistes, des démocrates, des progressistes. Mais difficile d’en vouloir au film : le déni est son sujet, et peu importe donc que le film puisse risquer de paraître bienveillant, il n’a pas d’autre choix que de l’être, c’est son parti-pris. Et ce faisant, la plupart du temps, il réussit son pari. Certes, le film a les qualités de ses défauts, et on sent qu’Adam McKay se force à surligner ses gags, pour rappeler, malgré la nature tragique du récit, que nous sommes là dans une satire ; le personnage de Meryl Streep, également, est symptomatique de cette façon hypocrite que le film a de vouloir mettre tout le monde dos à dos. Il est évident que McKay sait le risque qu’il y a ici à se moquer de Trump : la charge sera trop attendue, unilatérale, bienpensante. De manière surprenante et osée, donc, il fait de Streep une Hilary Clinton qui n’en a pas le nom (allant jusqu’à montrer une photo où elle serre Bill dans les bras). Sauf que cela n’est qu’un artifice, qu’un choix narratif de façade pour dissimuler une attaque néanmoins un peu bateau – car Meryl Streep, qu’importe son allure, est bien Trump, et plus le film avance, et plus elle l’est. Mais le film marche, parce que outre ses blagues trop évidentes, outre ses ruses pour prétendre la neutralité politique, il a tout de même de l’audace et du cœur. Il est long, et pourtant n’ennuie jamais ; il va jusqu’au bout de son postulat, jusqu’à filmer la fin du monde, et plutôt bien (jamais via des plans d’ensemble, juste la fin de la vie intime, l’implosion dans un dîner de famille, de toute façon déjà détruite). Surtout, le film marche, parce que malgré la satire, il a de bons personnages, et surtout de bons acteurs, qui parviennent à les habiter avec brio, transcendant les archétypes. DiCaprio et Lawrence sont tous deux très bons, et immédiatement l’on s’attache à eux ; l’on pourra dire de même pour Timothée Chalamet, Mélanie Lynskey ou Jonah Hill, assez touchant quand Meryl Streep l’abandonne sur Terre. Même Ariana Grande s’en sort excellemment et incarne bien la réussite du film – à savoir, dans la moquerie radicale, réussir à traiter le personnage comme s’il était tout de même réel (en cela, sa musique, ridicule dans son propos idéologique, n’est par ailleurs pas si mauvaise). Restent Cate Blanchett et Meryl Streep, qui n’ont pas grand-chose pour elles et dégoulinent un peu de laideur (peut-être McKay a-t-il essayé, inconsciemment, d’être un peu misogyne pour ne pas apparaître trop progressiste). Quoi qu’il en soit : ce n’était pas un film facile à faire, et entre les mains d’une grande majorité de réalisateurs, cela aurait été une catastrophe. McKay s’en sort avec les honneurs.2,25/5.
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