House of Gucci, qui commence vraiment bien, parce qu’on se dit que l’essentiel, que le cœur, est là : à savoir ses deux acteurs principaux, Adam Driver et Lady Gaga, qui habitent leur personnage et vont bien ensemble. On est immédiatement porté par leur rencontre, par leur alchimie, par la complémentarité entre la petitesse souriante de Gaga et la grandeur rigide et froide de Driver. Naïvement, on se dit que si Ridley Scott a cela, s’il a réussi le plus dur, ce sera ensuite un jeu d’enfant pour lui de dérouler l’histoire vraie des Gucci. Sauf qu’au bout de trente minutes, tout devient terriblement morne et chiant. On s’attendait, au vu des affiches, à quelque chose de criard et d’hystérique, peut-être même de grotesque, une façon d’embrasser la laideur et l’artifice de ces gens, à l’image de ce que Ryan Murphy avait fait avec la saison 2 de American Crime Story sur Versace, ou même du Scarface de Brian De Palma. On avait peur, même, de cette possible outrance – mais en réalité, Ridley Scott n’a pas l’énergie ou l’ambition pour cela.
Le film est désespérément mou, long et gris. Il s’enlise et devient incapable de conférer une quelconque importance à cette famille. Il échoue tout ce qu’un biopic est censé réussir : à savoir rendre ses personnages et leurs histoires vraies indispensables, centrales. L’on n’a ici ni le plus grand (ils paraissent dérisoires) ni le plus intime (ils sont lointains, vides), et donc évidemment on est privé du contraste poétique entre les deux. On s’ennuie, et l’on se demande pourquoi le film s’entête à s’allonger, alors qu’il n’a rien à dire et aucun désir même de le faire. Un peu comme si Ridley Scott se retrouvait à une fête où il s’ennuie mais qu’il n’ose pas quitter. Peut-être, s’est-il dit, qu’à force d’allonger le film, quelque chose finirait par naître dans l’absurde : que, confronté au vide de son récit, le fait de l’étirer révélerait un vide positif, pensé, en creux. Que nenni. Lady Gaga a beau se démener jusqu’au bout, tentant de nous faire croire que le film va se réveiller, cela n’arrive jamais. House of Gucci est raté, et surtout, essentiellement, l’échec de Ridley Scott : il avait tout mais n’était, visiblement, absolument pas intéressé. 1,25/5.
Comments are closed