Highest 2 Lowest, qui démarrait bien, avec ce portrait de parvenu, joué par Denzel Washington, ayant fait fortune dans le milieu de la musique. L’on aimait bien la mise en place des enjeux, les travellings sur le penthouse, le kidnapping aussi de son fils, qui va le ramener au contact d’une réalité que sa vie aisée lui avait fait oublier. À savoir une nouvelle génération, essentiellement représentée par le rap, dont il ne daignait pas même écouter les bandes démo qu’on lui envoyait. Et puis, comme Entre le ciel et l’enfer dont il est le remake, le film sort des gonds habituels de la narration, en révélant que les criminels ont raté leur cible : au lieu d’enlever le fils de Washington (qui rentre rapidement chez lui, dissuadant la tension traditionnelle à laquelle on pouvait s’attendre), ils ont pris celui de son chauffeur, joué par Jeffrey Wright. Et autant l’idée en soi est fertile, détournant le classique rapport à la famille pour réellement placer le personnage de Washington face à sa propre cruauté (acceptera-t-il de payer pour un fils qui n’est pas le sien), autant cette étrangeté crée une incertitude qui contamine le film à tous les niveaux. Les acteurs, assez soudainement, se mettent tous à mal jouer (Washington en tête, qui paraît ne pas savoir sur quel pied danser), la réalisation, aussi, va se mettre à multiplier les effets de style malvenus, incohérents. Le vinyle, en somme, saute.
Et passé une séquence plutôt réussie dans le métro (quand Washington doit remettre la rançon aux ravisseurs), le film s’enfonce dans un acte 3 grotesque, surécrit, d’une allégorie grossière et hors-de-propos, où Washington s’entretient en tête à tête avec le ravisseur, un jeune rappeur sans « valeurs et principes », uniquement intéressé par la célébrité. On a alors l’impression que Spike Lee essaie de créer là une forme de Joker, avec un duel à la The Dark Knight, et mis à part le fait que le réalisateur surprend dans sa posture, presque courageuse, de vieux con, cette opposition entre nihilisme et tradition ne convainc pas. Car rien ne vit, rien n’est vrai : mention particulière à cette fin laide et artificielle, où Washington finit par entendre à nouveau la jeunesse autour de lui, en auditionnant une jeune artiste repérée par son fils. Et évidemment, symbole total de l’échec du film : le héros est séduit. Alors que rien, dans la mise en scène, à travers cette succession de plans banals et laids de la femme chantant au piano éclairé par le soleil, n’ait été susceptible de nous séduire, nous. 1,25/5.
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