The Stranger

The Stranger, qui a l’avantage, pour lui, d’être, oui, étrange : en cela qu’il est basé sur une histoire tristement célèbre en Australie, mais dont en Europe l’on ne savait à peu près rien, et qu’il s’appuie sur un acteur assez prodigieux, australien lui aussi, et qu’on a rarement vu dans un rôle aussi important à Hollywood. D’ailleurs, il aurait très bien pu être remplacé par l’excellent Ben Mendelsohn, tout à fait dans le même registre, mais c’est précisément la force du film de mettre face au flic (le plus célèbre Joel Edgerton) un acteur totalement mystérieux. Et il est donc terrifiant dans le rôle de ce tueur en série, précisément non pas parce qu’on sait que c’est un tueur en série, mais parce qu’on ne sait jamais qui il est. De la même façon qu’on ne sait pas que le flic est un flic. C’est la prodigieuse ambiguïté du ...

Train Dreams

Train Dreams, film flottant, fait de davantage de regards que de dialogues, où les âmes des personnages sont immédiatement perceptibles, dans leur silence, dans leur solitude, à travers la nature. Et si l’on pense un peu au A Ghost Story de David Lowery ou au First Cow de Kelly Reichardt, c’est aussi surtout à l’œuvre plus généralement d’Andrew Dominik que l’on songe (surtout à The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford), autant de manière positive d’ailleurs que négative. Car l’on peut parfois trouver à ce Train Dreams les défauts de ses qualités, à savoir que derrière sa solennité, son humilité, on peut aussi soupçonner une pose, une élévation pour dissimuler, au bout du compte, une profondeur feinte (comme ces plans parfois sublimes, du train passant au-dessus de l’eau, ou parfois un peu curieux, un peu surfaits, de bottes clouées dans un arbre). Mais le film, en son ...

The Rehearsal, saison 2 (série télé)

The Rehearsal saison 2, dont la fin sublime constitue le vrai et grand accomplissement de la carrière de Nathan Fielder. On avait déjà beaucoup apprécié la première saison, qui avait quelque chose de très propre à Charlie Kaufman et Synecdoche New York, dans l’idée de traiter l’isolement de l’artiste, projeté métaphoriquement dans son œuvre et son propre rapport conflictuel à la vie. Mais contrairement à l’autre série de Fielder The Curse (créé avec Benny Safdie), qui paraissait plus équilibrée, plus tenue (entre l’allégorie, l’absurdité et la narration), l’on avait parfois des doutes sur où, vraiment, menait The Rehearsal et si elle n’allait pas finir par se perdre elle-même. Réponse : l’on a eu tout faux. Où la saison 1 se contentait d’accumuler les épisodes sériels, uniquement liés entre eux par le concept initial du programme (un homme permettant à d’autres de répéter les moments importants de leur vie avant de ...

F1

F1, qui nous a évidemment rappelé Top Gun Maverick (avec le même trio Kosinski/Kruger/Bruckheimer derrière), mais aussi, plus surprenamment, Michael Mann et même parfois Christopher Nolan. Interstellar notamment, puisque la figure du pilote du midwest joué par Brad Pitt, couplée à cette idée d’Odyssée (I’m coming back) nous a évoqué le personnage de Matthew McConaughey – et la fin, d’ailleurs, est exactement la même (je vais chercher d’autres dragons, la quête d’autres courses se confondant à la quête d’autres planètes). Couplé à la bande-son d’un très en forme Hans Zimmer et l’on aura parfois eu l’impression de retrouver le Nolan des années 2010. Mais honnêtement que ce fut long pour y arriver. Parce qu’outre une introduction réussie, avec cette course de NASCAR, le film laisse au départ froid tant il est vide et prévisible, doublon sans âme de Top Gun Maverick. Où ce dernier s’appuyait sur la statut d’icône de ...

The Brutalist

The Brutalist, qu’on attendait beaucoup, parce qu’on avait particulièrement apprécié les deux précédents films de Brady Corbet, et parce que le temps d’attente (six ans), additionné aux retours dithyrambiques, nous faisait penser qu’il allait réaliser son premier grand chef-d’œuvre. Bilan : The Brutalist ressemble surtout à un The Master, en moins bien et en plus long. On retrouve, pourtant, au départ, toutes les qualités de Corbet, qu’on prend peut-être trop pour acquises, après nous y avoir habitué avec Vox Lux et Childhood of a Leader. On retrouve la même solennité un peu pompeuse, mais audacieuse, courageuse ; la même lenteur, la même science du cadre, la même intensité dans les thèmes, à la fois extrêmement réalistes, historiques, et en parallèle intérieurs, allégoriques, quasiment oniriques. Aussi, durant la première partie du film, l’on est un peu hésitant : le film est beau, bien mené, surtout il passe extrêmement vite, nous emporte ...

L’Accident de Piano

L’Accident de Piano, qui nous a un peu rappelé Sick of Myself, où Kristoffer Borgli s’intéressait déjà à une femme déséquilibrée cherchant à se faire du mal pour attirer l’attention et le succès. C’est d’ailleurs là où le film passionne, ce qui est pourtant assez inhabituel chez Dupieux : dans ce personnage joué par Adèle Exarchopoulos, profond dans sa méchanceté, dans sa radicalité, dans sa capacité à aller jusqu’au bout (lorsqu’elle tue Sandrine Kiberlain puis les témoins), sans pour autant désirer quoi que ce soit, figure assez fascinante d’un nihilisme prêt à tout et qui pourtant ne veut rien. Rarement on aura vu chez Dupieux un personnage si travaillé et qui occupe autant l’espace (mis à part Yannick). Mais à l’inverse, on perd aussi beaucoup de ce qu’on aime habituellement chez Dupieux : une fresque de personnages étranges, des espaces oniriques, des situations fortes. Ici, à part Exarchopoulos, il y ...

Four Seasons (série télé)

Four Seasons, qu’on regardait uniquement pour notre nostalgie de Tina Fey, mais qui ne présageait rien de bon, entre le format Netflix et les dix premières minutes, introduction nullissime de chaque personnage, tous en train de rire de leurs propres blagues, jouissant de leur trait d’esprit. Rien alors de beau, de réel, de dramatique, de vrai, et juste un humour pornographique de sitcom. Sauf que l’intelligence de Four Seasons, c’est justement d’explorer derrière les apparences des groupes, derrière la surface en apparence idyllique d’un casting de série, notamment parce que le groupe n’est pas uniquement un groupe : c’est une réunion, à chaque vacances, de couples. Et l’on a déjà, immédiatement, deux excellentes idées de séries télé : celle, tous les deux épisodes, d’opérer une ellipse de plusieurs mois, pour laisser deviner les évolutions de chacun par de subtiles allusions, et celle d’opérer en binômes, opérant ainsi par couches d’illusions, ...

Frankenstein

Frankenstein, un Poor Things en moins drôle, moins inventif et plus long. À part une bonne introduction, avec l’attaque du bateau bloqué dans la glace, où l’on perçoit immédiatement toute la puissance, toute la colère tragique, de la créature, le reste du film est un long développement inutile, assez vide, et surtout particulièrement moche, succession de décors, d’univers, qui se voulaient sans doute ambitieux et beaux dans la tête de Guillermo Del Toro, mais qui apparaissent à l’écran faux, artificiels, écrans verts intangibles grisés au filtre Netflix. Pire, les acteurs n’octroient aucune réalité supplémentaire au récit, Oscar Isaac et Mia Goth paraissant empruntés, incapables de faire naître la tragédie de Frankenstein et de sa créature – seul Jacob Elordi, de par sa stature naturelle, surnage dans cette bouillie. L’on n’aimera qu’un moment : lorsque, dans le troisième acte, la créature s’échappe et se met à la poursuite de Frankenstein, tandis que ...

Mickey 17

Mickey 17, film complètement con, sans cœur, et qui ne parle de rien. Aussi, de ce que l’on pensait être initialement une réflexion sur l’identité, sur le double, sur le clone, on dérive rapidement vers une allégorie sur le colonialisme, avec, face à face, des créatures aussi délirantes et laides l’une que l’autre. D’un côté, sur la planète de neige, des espèces de vers à la Dune. De l’autre, sur le vaisseau envahisseur, Mark Ruffalo, campant une parodie évidente de Trump, et s’il y a bien une idée à éviter, c’est de confier à un acteur un personnage inspiré de quelqu’un qu’il déteste. Par conséquent, il n’y a ici aucune intériorité, profondeur ou empathie : il n’y a que Ruffalo, qui cabotine comme un débile pour renforcer à travers un principe pornographique de la surenchère le fait qu’il déteste son personnage, que son personnage est détestable, que l’histoire déteste son personnage, ...

The Surfer

The Surfer, comédie absurde, à l’image criarde et aux personnages obstinés, qui nous a un peu rappelé en son temps le Smiley Face de la géniale Anna Faris. Et donc l’on a aimé comment ce soleil étouffant, comment l’horizon infini de cette plage devenue une prison (beau paradoxe et parfaitement mise en scène), finit par absorber le personnage de Nicolas Cage et faire progressivement de lui un déshérent, un exilé de sa propre vie (pas si loin d’ailleurs de L’Étranger de Camus). Et l’on aura aimé aussi, comment malgré cela, le film sait néanmoins rester drôle sans jamais tomber dans la moquerie, avec cette étrange troupe de surfeurs, parodie des alpha males toxiques, menée par le regretté Julian McMahon. Cependant, malgré cette maîtrise du ton et de l’environnement, le film finit par se heurter à l’horizon de son sujet, à ce vide entêtant, et ce n’est pas la conclusion qui ...